LA VACHE FOLLE : UNE CRISE ANNONCEE


 Les origines de la maladie

 La crise de 1996
 
 

 L’ histoire des encéphalopathies spongiformes subaiguës transmissibles, des maladies mortelles qui touchent le système nerveux central, est engendrée par différents éléments tel que la Tremblante du mouton, les farines de viande et d’ os contaminées, la vache rendue folle, la maladie de Creutzfeldt-Jakob, le Kuru, la contamination par l’ hormone de croissance, le prion . L’ histoire de la vache folle est parsemée d’ incertitudes scientifiques. Les initiatives de scientifiques de spécialités différentes se sont heurtées à des obstacles d’ ordre financier et parfois de nature idéologique.

La plus ancienne description d‘ encéphalopathie spongiforme porte sur la tremblante du mouton (ou scrapie) qui se caractérise par des troubles du comportement , et dont l’ issue fatale  survient après quelques semaines d’ évolution .
Dans les années 1930, il est démontré que la tremblante est une maladie transmissible et que la durée d’ incubation est très longue. Dès 1937 , les lésions sont bien décrites : le cerveau  a l’ aspect d’ une éponge et présente des trous .
En 1938, on parvient à transmettre la maladie à une chèvre :  la barrière des espèces peut être franchie.

En 1920 , un premier cas d’ encéphalopathie humaine sans spongiose est décrit, et en 1921, Alfons Jakob en décrit cinq autres, dont deux avec spongiose. Diverses formes cliniques avec dégénérescence de la substance grise et démences
préséniles sont décrites ; la maladie prend différents noms. Les confusions fréquentes, la maladie étant difficile à caractériser ; contribuent à ralentir l’ élaboration des connaissances.
Dans les années 1950, des éclaircissements sont apportés sur une pathologie proche de la maladie de Creutzfeldt-Jakob :
le Kuru, une maladie dégénérative subaiguë du système nerveux, dont l’ issue est toujours fatale. Il est ainsi remarqué que
les images des cerveaux des indigènes d’ une tribu de Nouvelle-Guinée, les Fores, atteints de Kuru, et celles des moutons atteints de tremblante se ressemblent. On insiste alors sur les analogies cliniques et histopathologiques de ces deux maladies.
Et on apprend que cette maladie ne se transmet qu’ entre espèces très proches. Le Kuru, après un temps d’ incubation prolongé, peut ainsi être transmit à des chimpanzés en leur faisant des injections intracérébrales de broyat de cerveau de personnes décédées du Kuru.

On ignore toujours la nature de l’ agent pathogène. Au début des années 1960, on réussit à transmettre la maladie à des souris après inoculation de cerveau de mouton atteint, mais on ne parvient pas à isoler l’agent pathogène. Par une méthode
d’ irradiation , on mesure la taille de l’agent responsable de la maladie : ce qui était considéré jusqu’ à présent comme un virus est beaucoup plus petit qu’aucun des virus connus. De plus l’ agent de la tremblante n’est pas détruit par les UV, le formol et est  thermorésistant. Sa destruction se fait à 237 nanomètres ce qui montre qu’ il s’agit d’un polysaccharide.
La nature virale de l’ agent pathogène est alors remise en question.

En 1972, on met en parallèle le Kuru et la maladie de Creutzfeldt-Jakob , maladies décrites comme des encéphalopathies spongiformes subaigües d’ origine virale. On pense ainsi que l’ encéphalopathie transmissible du vison, le Kuru et la maladie
de Creutzfeldt-Jakob ont une origine commune : la tremblante du mouton. Une étude épidémiologique avait montrée qu’à partir de 1960 le nombre de mort par Kuru avait diminué, l’ extinction progressive de la maladie semblait coïncider avec celle de pratique de rites funéraires cannibales interdits à partir de 1955.
En 1970, des anomalies électroencéphalographiques qui précèdent l’ apparition des signes cliniques de la maladie de Creutzfeldt-Jakob, sont mises en évidence. De plus l’ étude sur la tremblante montre qu’il n’y a aucun passage de
cette maladie du mouton à l’homme.
 Des études chez l’ homme révèlent 3 modes possibles d’ apparition de la maladie de Creutzfeldt-Jakob : les formes apparemment sporadiques , les formes infectieuses, les formes familiales. Certaines personnes ont été contaminées lors
d’ une intervention chirurgicale, le premier cas a été  recensé en 1974. D’ autres cas ont suivis lors d’ administration d’  hormones de croissance extraites d’  hypophyse humaine prélevée sur des cadavres. En 1984, deux cas supplémentaires déclarés aux USA aboutissent à la suspension de l’ administration d’hormone de croissance en 1985.
En 1993, il est démontré que l’ hormone de croissance d’ origine humaine peut déclencher une maladie de Creutzfeldt-Jakob. Aux USA, et au RU les traitements utilisant l’ hormone de croissance ne sont repris quand 1986 lors de la fabrication d’ hormone par génie génétique.
La crise internationale en 1993, suit une mise en examen pour homicide involontaire de plusieurs responsables
de prélèvements d’ hypophyse. En 1988, une enquête montre que les farines d’ origine animale destinées aux
ruminants est à l’ origine de l' épidémie.
 

La crise de 1996.

  Une commission d’ étude estime en 1989, peut probable que l’ encéphalopathie spongiforme bovine soit transmissible à l’ homme. Le fait q’ une barrière d’ espèce avait été franchie n’ inquiète pas cette commission qui n’ envisage pas que la maladie puisse passer de la vache à l’ homme, ce n’ est qu’en 1990, que l’ on évoque cette éventualité.
La question d’ interdire les farines animales se pose. Le comité vétérinaire de la communauté européenne estime qu’ en l’état des connaissances, les animaux atteints ne sont pas dangereux pour la santé humaine. Le premier ministre britannique
rassure la population en affirmant en 1995 qu’ il n’ y a aucun risque envisageable. Pourtant en 1996, huit personnes sur
dix sont mortes de la nouvelle forme de la maladie de Creutzfeldt-Jakob. La possible transmission de l’ encéphalopathie spongiforme bovine à l’ homme est alors reconnue.
L’ annonce britannique déclenche une crise européenne : le marché de la viande s’ effondre.
Le 22 Mars 1996, la France décide l’embargo sur la viande bovine et les animaux vivants importés du RU. Le 27 Mars, l’ Union Européenne met en place un embargo total sur tout les bovins et les produits dérivés. Les conséquences sociales et économiques de cette crise sont considérables. Un comité d’experts français citent cette maladie comme provoquée par  «des agents transmissibles non conventionnels » .
 Différentes hypothèses sur la nature de l’agent responsable sont évoquées : virales, protéiques et mixtes.
 Aux USA, c’est l’ hypothèse protéique qui est explorée :
On découvre en 1981, une protéine hydrophobe dans les cerveaux d’animaux malades : Prion ou  PrP . Le changement de conformation de cette protéine PrP semble lié à l’apparition d’une encéphalopathie spongiforme. Cet agent transmissible non conventionnel dérive d’une protéine cellulaire normale, la PrP-c , présente chez les personnes saines à la surface des neurones. La protéine PrP ne diffère de la protéine normale que par le changement de conformation. La forme pathogène de la PrP (PrP-Sc) déclencherait le changement de conformation de la protéine normale engendrant ainsi sa propagation.
Cette hypothèse développe ainsi le concept de maladie post-transcriptionnelle c’est à dire due à un désordre de
l’ ingénierie de la synthèse protéique aboutissant à une accumulation de la forme pathogène.
En Angleterre on pose l’ hypothèse du « Virino » :
Les agents infectieux serait des particules constitués d’une information génétique propre entourée de molécules fabriquées
par l’organisme de l’ hôte d’où l’absence de réaction immunitaire.
 En France, la théorie de l’ holoprion est étudiée :
 L’ agent infectieux, l’ holoprion, serait constitué de l’ association d’ un petit acide nucléique : le coprion avec l’ apoprion :
la protéine PrP. Le coprion serait responsable de la variabilité de la souche et l’ hapoprion des phénomènes  neuropathologiques.
 

Les incertitudes.
De nombreuses questions sont soulevées. Les moutons atteints aujourd’ hui de tremblante ne sont -ils pas malades à cause de l’ ingestion de farines contaminées par l’ agent infectieux de l’ encéphalopathie spongiforme bovine ? Ce qui indiquerait à long terme la possibilité de transmission à l’ homme par l’ ingestion de mouton. Des analyses de tissus nerveux atteints de tremblante pourrait vérifier que l’ agent infectieux n’est pas d’origine bovine. Si le contraire se vérifiait il faudrait prendre des mesures sanitaires pour éviter la propagation de cette pathologie. Les faiblesses du système de vigilances et la  fâcheuse tendance des responsables politiques à vouloir nier les problèmes tant qu’ une crise médiatique n’ a pas éclaté sont enfin révélées. En effet, l’ histoire des contaminations par l’hormone de croissance et de la crise de la « vache folle » révèle les failles d’un système qui ne réagit que lorsque les dégâts sont déjà importants. Les relations entre responsables politiques et les citoyens reposent sur un principe de confiance qui, lorsqu’ il est mis en défaut, remet en question la légitimité des décideurs et des experts.

TSAB1 an 2001 d'après un article de pour la science de Février 1999
 
 

Liens et sources à consulter sur les prions :

vache folle en ligne , le site de l ' INRA : http://www.inra.fr/dpenv/vchfol00.htm

S. Prusiner, Les maladies à prions, in Pour la Science, n° 209, pp. 42-50, mars 1995

J.-P. Deslys, Les maladies à prions, in Les sociétés cellulaires, dossier Pour la Science, pp. 110-116, avril 1998.
http://www.pourlascience.com/dossiers/dossier-19/sommaire.htm

S. Petitjean, La crise de la «vache folle», Les dossiers de l'environnement de l'INRA : Vache folle, n° 13, 1996.
http://www.inra.fr/dpenv/vchfol00.htm#crise

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